La première fois que j'ai voulu aller dans les Cinque Terre, j'ai cherché « carte des 5 Terres » sur mon téléphone, dans le train entre Gênes et La Spezia. Résultat : quinze images différentes, aucune qui me dise où se garer, laquelle des cinq villages se mérite à pied, ni combien de temps sépare deux gares. J'ai fini par demander à la contrôleuse, qui m'a dessiné un croquis au dos d'un ticket.
Ce croquis, je l'ai gardé. Il m'a appris plus que toutes les cartes touristiques que j'ai accumulées depuis. Parce qu'une carte des Cinque Terre ne sert pas à savoir où c'est — ça, Google Maps le fait très bien. Elle sert à comprendre comment on circule dans un bout de côte de 18 kilomètres où la voiture est souvent un piège et où le train reste le seul vrai héros.
Voici donc ce que j'aurais aimé qu'on m'explique, avec une carte mentale claire en tête avant même d'ouvrir une appli.
Points clés à retenir
- Les Cinque Terre, c'est cinq villages accrochés à la côte ligure, entre Levanto et La Spezia : Monterosso, Vernazza, Corniglia, Manarola et Riomaggiore.
- La carte utile n'est pas une carte routière, c'est une carte ferroviaire + sentiers : le train relie les cinq villages en quelques minutes, la voiture y accède très mal.
- Corniglia est le seul village sans accès direct à la mer : il faut monter 382 marches (ou prendre la navette).
- Attention à l'homonymie : « Les 5 Terres » désigne aussi une série de bande dessinée. Rien à voir avec la Ligurie.
- La Cinque Terre Card couvre train et sentiers : c'est le sésame à comparer avant de réserver.
- Trois jours suffisent pour tout voir sans courir, à condition de dormir sur place ou juste à côté.
La carte des Cinque Terre : comprendre la géographie avant de la tracer
Imaginez une main posée sur la mer. Le poignet, c'est La Spezia. Les cinq doigts, ce sont les villages, chacun dans un creux de falaise. Entre les doigts, des collines abruptes couvertes de vignes en terrasses, et des sentiers qui grimpent à la verticale.
Cette image explique tout. Pourquoi il n'y a pas de route côtière continue. Pourquoi le train longe la mer en enfilant des tunnels. Pourquoi, quand on regarde une carte, les distances semblent ridicules — 3 à 4 kilomètres entre deux villages — alors qu'à pied, c'est une autre histoire.
Où se trouvent les 5 Terres en Italie ?
En Ligurie, sur la côte nord-ouest du pays, à mi-chemin entre Gênes et la Toscane. Le parc national s'étire sur environ 18 kilomètres de littoral, entre les communes de Levanto (à l'ouest) et La Spezia (à l'est).
Concrètement, si vous ouvrez une carte de l'Italie : cherchez le golfe de Gênes, descendez vers le sud-est. Le petit renflement qui précède La Spezia, c'est ça. Les cinq villages s'y succèdent d'ouest en est : Monterosso al Mare, Vernazza, Corniglia, Manarola, Riomaggiore. L'ensemble est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1997 — un détail qui a son importance, parce que ça explique la régulation stricte des accès et des sentiers.
Un repère que j'utilise toujours : La Spezia est la porte d'entrée logique si vous arrivez en train depuis Florence, Rome ou Gênes. Levanto est la porte d'entrée naturelle si vous venez du nord, de Gênes ou des plages de Sestri Levante.
« Cinque Terre » ou « Les 5 Terres » : laquelle dit-on ?
Les deux, mais pas pour les mêmes raisons. Cinque Terre est le nom italien officiel, celui que vous verrez sur les panneaux, les billets de train, les cartes IGN locales. Les 5 Terres est simplement la traduction française, utilisée par habitude dans les guides francophones.
Et voilà le piège : « Les 5 Terres » est aussi le titre d'une série de bande dessinée médiévale-fantastique. Si vous tapez le terme sans contexte, vous tomberez parfois sur des forums de lecteurs de BD plutôt que sur des conseils de randonnée. Rien de grave, mais ça explique certaines cartes trouvées en ligne qui n'ont aucun rapport avec la Ligurie.
La carte train : le seul plan dont vous avez réellement besoin
Si je ne devais garder qu'une seule carte des Cinque Terre, ce serait celle de la ligne ferroviaire Gênes – La Spezia, tronçon Levanto – La Spezia. Cinq gares, une seule ligne, des trains toutes les 15 à 30 minutes selon la saison.
Le trajet le plus court, entre Monterosso et Vernazza, prend moins de 5 minutes. Le plus long, entre Monterosso et Riomaggiore, tourne autour de 20 minutes. Autant dire que le train n'est pas un transport, c'est un ascenseur horizontal.
| Trajet | Durée approximative en train | Durée à pied (sentier) |
|---|---|---|
| Monterosso → Vernazza | 4 min | 1h30 à 2h |
| Vernazza → Corniglia | 4 min | 1h30 |
| Corniglia → Manarola | 3 min | 1h à 1h30 |
| Manarola → Riomaggiore | 3 min | 20 à 30 min (Via dell'Amore) |
| Monterosso → Riomaggiore (bout en bout) | 18 à 22 min | 5 à 6h cumulées |
Ce tableau, à lui seul, répond à 80 % des questions qu'on se pose en préparant un itinéraire. Il montre une chose simple : le train et la marche ne sont pas concurrents, ils sont complémentaires. Vous marchez quand le sentier est ouvert et que vous en avez envie, vous prenez le train pour tout le reste.
La Cinque Terre Card : ce qu'elle couvre vraiment
Cette carte, vendue à l'entrée du parc et dans les gares, combine généralement l'accès aux sentiers payants et les trajets en train sur la ligne locale. Il en existe plusieurs versions, avec ou sans transport, valables un, deux ou trois jours.
Mon conseil, après avoir comparé deux fois sur place : prenez la version train + sentiers si vous comptez randonner entre au moins deux villages dans la journée. Si vous vous contentez de visiter chaque village en train et de flâner dans les ruelles, une carte train seule suffit. Le calcul n'est pas toujours évident au premier abord, mais il se fait vite quand on additionne les billets à l'unité.
Attention à un point que beaucoup découvrent trop tard : certains sentiers, notamment la Via dell'Amore entre Manarola et Riomaggiore, sont régulièrement fermés pour travaux ou éboulements. Une carte indiquant « sentier ouvert » ne garantit rien si vous la lisez six mois avant votre voyage. Vérifiez toujours la veille, à l'office de tourisme ou à la gare.
Cinque Terre en voiture : pourquoi la carte routière ne sert à rien
Franchement, la question mérite d'être posée cash : faut-il venir en voiture ? Ma réponse, et je l'assume, c'est non.
Les cinq villages sont, pour l'essentiel, interdits aux véhicules non résidents. Les routes d'accès sont étroites, sinueuses, et les parkings — quand il y en a — se remplissent dès le matin en saison. À Monterosso, le parking principal se situe à l'entrée du village, et il faut souvent marcher un bon quart d'heure avant d'atteindre le centre. À Vernazza et Riomaggiore, c'est pire : on gare en haut, on descend à pied, et on remonte chargé le soir.
Ce que je recommande plutôt :
- Laisser la voiture à La Spezia ou Levanto dans un parking relais, puis tout faire en train.
- Ou, si vous tenez absolument à la voiture pour rayonner dans la région, la garder pour Portovenere, Lerici, Portofino — des endroits magnifiques et plus accessibles en véhicule.
- Un détail qui change tout : les amendes pour circulation en zone interdite sont salées, et les caméras sont partout. J'ai vu un couple se faire verbaliser à l'entrée de Manarola, persuadé d'avoir le droit de passer. Ils n'avaient pas ce droit.
Bref, la voiture vous donne une fausse impression de liberté dans un endroit où, justement, la liberté consiste à ne pas l'avoir.
Carte randonnée Cinque Terre : papier ou numérique ?
Les deux, mais pour des usages différents. Le papier, c'est pour la vue d'ensemble et la sécurité : pas de batterie à plat, pas de réseau qui saute au fond d'un vallon. Le numérique, c'est pour le guidage pas à pas et les infos à jour sur l'ouverture des sentiers.
Ce que je fais concrètement, à chaque fois :
- J'imprime ou j'achète une carte topographique de la zone (échelle 1:25 000 environ) pour avoir le relief, les courbes de niveau, les points d'eau.
- Je télécharge la carte hors ligne sur mon téléphone pour le repérage rapide aux intersections.
- Je note à la main, sur la carte papier, les horaires de train du jour. C'est la donnée qui manque toujours sur les cartes de randonnée.
Cette dernière étape paraît anodine. Elle m'a sauvé une fois : un sentier fermé à mi-parcours, une descente imprévue, et un train qui partait dans vingt minutes depuis la gare d'en bas. Sans les horaires notés, j'aurais dormi dans un village sans réservation.
Visiter les 5 Terres en 3 jours : l'itinéraire que je refais
Trois jours, c'est le bon format. Deux, c'est trop court pour absorber le rythme. Cinq, c'est agréable mais vous finirez par tourner en rond. Voici comment je structure ces trois journées.
Jour 1 : Riomaggiore, Manarola, et la mise en jambes
Arrivée par La Spezia, train direct pour Riomaggiore. Visite du village, descente vers la marina, montée vers le belvédère. Puis marche ou train jusqu'à Manarola, qui reste, pour moi, le plus photogénique des cinq — ce village coloré penché sur son port minuscule.
Si la Via dell'Amore est ouverte, faites-la à ce moment-là : c'est le sentier le plus court et le plus accessible, une promenade côtière de 20 à 30 minutes. Si elle est fermée, prenez le train et gardez le temps pour le lendemain.
Jour 2 : la grande randonnée Monterosso – Vernazza – Corniglia
C'est la journée la plus physique. J'ai mis près de deux heures entre Monterosso et Vernazza la première fois, en m'arrêtant toutes les dix minutes pour respirer ou prendre une photo. Le dénivelé est réel, avec des escaliers taillés dans la roche et des passages étroits. Rien de technique, mais il faut de bonnes chaussures, un peu d'eau, et l'envie de transpirer.
Entre Vernazza et Corniglia, comptez encore 1h30. Corniglia, le seul village sans accès à la mer, se mérite : les fameuses 382 marches à l'arrivée font partie du folklore. Il existe une navette depuis la gare, utile si vos jambes protestent.
Jour 3 : le train pour souffler, puis Riomaggiore depuis la mer
Après une journée de marche, le train redevient votre meilleur allié. Faites les villages que vous avez survolés, goûtez à la focaccia locale — celle de Monterosso, plus épaisse, vaut le détour — et offrez-vous une sortie en bateau si la mer le permet. Vue depuis l'eau, la carte change complètement de sens : on comprend enfin pourquoi ces villages existent là, coincés entre la falaise et les vagues.
Une remarque pratique : réservez les hébergements très en avance, surtout entre mai et septembre. Le parc est devenu l'une des destinations les plus demandées d'Italie, et les logements dans les villages eux-mêmes sont rares. Beaucoup de voyageurs dorment à La Spezia ou Levanto et font les allers-retours en train — un choix très raisonnable, même si ça retire un peu de magie aux soirées.
Les erreurs de lecture de carte que je vois le plus souvent
Il y en a une qui revient sans cesse : croire que les cinq villages sont alignés à plat, comme des perles sur un fil. Ce n'est pas le cas. Chacun est perché, encaissé, et la « distance courte » entre deux points sur la carte se traduit souvent par un dénivelé brutal.
L'autre erreur, c'est de calculer ses journées sans tenir compte des files d'attente aux gares en haute saison. Entre l'achat du billet, la validation, le quai, le wagon bondé, un « trajet de 4 minutes » peut facilement vous prendre 30 minutes de bout en bout. Ce n'est pas grave, mais ça change la façon de planifier une journée.
Enfin, méfiance avec les cartes trouvées sur les réseaux sociaux ou les blogs non datés : les sentiers ferment, rouvrent, changent de tracé. Une carte de 2018 peut très bien vous envoyer sur un chemin condamné. Je ne compte plus les voyageurs rencontrés sur place avec une capture d'écran périmée.
Alors oui, une carte des 5 Terres, ça se trouve en deux secondes. Mais la carte qui compte, celle qui vous évitera de marcher trois heures pour rien ou de chercher un parking inexistant, se construit en combinant trois choses : la ligne de train, l'état réel des sentiers, et une bonne paire de chaussures. Le reste, c'est du décor — magnifique, mais du décor.
Et si un jour vous croisez une contrôleuse entre Gênes et La Spezia, demandez-lui un croquis. Le mien tient toujours dans mon portefeuille.